Makotoshop Tattoo

Bienvenue dans notre studio de tatouage à Bruxelles, situé près de la Basilique de Koekelberg. Le Makotoshop vous offre une expérience unique. Depuis plus de 20 ans, nous privilégions une ambiance chaleureuse, loin des studios « usines », pour créer un espace de confiance où chaque client est accueilli avec attention et écoute par une petite équipe expérimentée. Ici, pas de foule ni de passage rapide : nous nous consacrons pleinement à vos projets, quel que soit le style ou la taille, que ce soit pour un premier tatouage ou une nouvelle pièce. En choisissant notre studio, vous optez pour l'expertise, la sincérité et une approche sur mesure, portée par deux passionnés: Sandra & Tako

Dernières réalisations

Vos témoignages

Au delà de la maîtrise, l'originalité, l'écoute, la finesse, une rencontre humaine extraordinaire. Allez-y et laissez-vous emporter sans modération.

Ngoc-Tuan Nguyen

Merci à vous deux pour ce beau moment où l'émotion était tel que j'en ai pleuré tellement tu as réussi à faire bien plus que mes attentes.... Une séance chez toi est toujours un moment magnifique de bienveillance de gentillesse et d' humour avec notre Sandra qui passe du rire à la bienveillance sans cesse❤️ vous formez une merveilleuse équipe et surtout on en ressort toujours aux anges et dans l'attente du prochain rendez vous ❤️

Stéphanie DESCHAMPS

Merci l'artiste Tako et merci pour votre gentillesse votre écoute et vos bons conseils 🥰😘😘

Véronique Soru

Je suis toujours admirative de voir comment il récupère un tatouage et le rendre magnifique

Josué Ylana Cath

Merci à vous ! Au-delà du tatouage, j’ai passé un moment d’une humanité trop rare !

SALVATORE MINNI

Ce fut un vrai plaisir et je suis très content du résultat. 🥰

THOMAS VANSTRAELEN

Ma toute première fois! Grâce à une équipe de "personnes bien", ce ne sera sans doute pas la dernière! Mieux vaut tard que jamais!Une première pour une cause qui me tient à cœur, que vouloir de plus ❤️. J'ai l'impression d'avoir apporté ma toute petite pierre à l'édifice. En route maintenant, puisque tout se passe bien, pour de nouveaux projets. Merciiiiiiii d'être vous et à bientôt 😍😍😍😍😍😍

Dominique.

Merci à vous, toujours un grand moment de passer au Makoto!

Simon Brennet

Merci pour cette belle action mais aussi la découverte d’une chouette équipe à l’écoute, disponible et professionnelle. J’en suis très satisfaite ☺️🎀🫶🏾

Davina

Je rejoins le commentaire de Davina, Belle découverte du salon et une équipe formidable à l'écoute et très professionnelle! Merci à vous pour cette action grâce à vous je soutiendrait cette cause à vie et j'ai ma belle sœur ancré dans la peau ❤️

Jennifer De Pauw

Génial! Terrible équipe! 💪

BENOIT PETERS

🥰 j'ai même trouvé la séance un peu courte. Plus l'habitude de longue seance🤣🤣🤣 vivement le prochain

Jessica Cicchini

Se faire piquer chez Makoto c’est surtout faire la rencontre de 2 personnes incroyablement sincère! Au bout d’une séance j’ai eu l’impression de vous connaître depuis toujours tellement l’échange est humain et remplit d’humilité! Merci pour ce que vous partagez au travers cet art! 🙏🏻

Christopher

Moi je dis un GRAND MERCI à une super équipe à l’écoute de ce qu’on veut comme tatouage. Un vrai plaisir de partager ces moments entre le client et l’artiste! 😊😊😊

Benoît Peters

Quand je parle de Tako, je dis "mon tatoueur". A jamais dans ma peau 😉😘

Yann Rieuneaud

Magnifique de loin un tatoueur hors pair

Céline Berges

Les meilleurs! Je ne retournerai plus jamais ailleurs 💖

Jessica Buyl

Ooh que oui une équipe formidable à l'écoute avec énormément de respect et de bonne humeur chaque moment passé avec vous est un moment de bonheur pour à la fin repartir avec un magnifique tatouage correspondant entièrement à nos attentes. Vivement le suivant 😉 et merci à la magnifique équipe que vous êtes🖤

Stéphanie Deschamps

Vous êtes exceptionnels tous les deux 😍 !!On commence avec un tattoo 🙈 on finit avec 3-4-5 😂 et ça c'est parce qu'on a une confiance aveugle en vous, du résultat époustouflant !! A force de venir, vous commencez à bien nous connaître ce qui permet de savoir déjà à l'avance ce qu'on attends de vous 😁 !!Vous êtes géniaux 😘 restez comme vous êtes !!

Nadège Calonne

Un moment suspendu passé avec vous pour mon dernier petit tatouage... Un tatouage chez vous, ce n'est pas juste un dessin, c'est un moment de vie partagé pour l'éternité 💖

Sandrine Marcotte

Vous êtes juste au top.Merci beaucoup.Vous donnez de l'émotion dans vos réalisations et pour ça MERCI❤️❤️

Céline Demarche

Encore un travail de qualité et d’imagination. Bravo Tako…👍

Francis D'Hondt

C’est magnifique comme travail. Quel chef-d’œuvre 🤩

Sigrid Deramaix

tes œuvres gravées sont toujours magnifiques! Bravo ça donne envie de ... revenir encore ;-)

Kathleen Schmitz

J adore , c est tout simplement magnifique

Gina

Au-delà de toutes les symboliques et du véritable côté artistique que l'on peut voir dans ces story, ce qui me touche le plus c'est le côté humain sous toutes ses formes que vous vivez au travers de votre passion, le tatouage. J'ai beaucoup de mal à vivre au sein de cette société qui est la nôtre mais je me surprends à "aimer" certaines personnes des qui la compose à travers ces témoignages. Bravo à vous deux de donner un peu de couleurs dans ce monde si sombre.

Thierry Pierrard

Il est top Tako, quel talent merci pour tout le travail effectué dans la joie, la bonne humeur et la bienveillance. Merci à vous.

Cicchini Jessica

Juste mortel!!! Super boulot!!!

Arnaud Goor artmetalworkshop

Wouah, mais on ne voit plus du tout celui d'avant! C'est trop bien fait, bravo!!!

Patricia Lemay

On est toujours content chez Tako!

Magalie Macherot

Merci à vous pour votre professionnalisme, votre bonne humeur, vos discussions. Votre salon c'est un cocon de douceur (bon ça pique un peu mais ça passe crème car vous êtes trop chouettes).

Myriam Ben Larbi

Merci à toi Tako pour ton talent et ta gentillesse, tu es un véritable artiste. A bientôt.

Cathy

Merciiiià vous deux, vous êtes au top!

Machiels Carine

Nos derniers articles

Chapitre 6 (3ème partie) : El fin de la Ruta

Chapitre 6 (3ème partie) : El fin de la Ruta

Après cet épisode, les bandes de jeunes qui occupaient le front de mer se firent soudain plus rares. On sentait que quelque chose avait resserré la laisse. Les clubs avaient besoin que la nuit reste rentable, propre en façade, et surtout rassurante pour ceux qui venaient y dépenser leurs économies sous forme de cocktails et d’amnésie. Les jeunes trop visibles avaient été priés d’aller s’effacer ailleurs.La grande saison pouvait commencer.En quelques jours, Cullera devint une ruche hystérique.Des flux humains déversés par vagues : Anglais rouges comme des homards, Italiens parfumés, Français déjà nostalgiques, Belges encore pâles, Allemands méthodiques.Tous empilés dans des cages à foules climatisées.Les terrasses s’offraient en mosaïque de verres ruisselants, la plage se couvrait de parasols comme un champ de champignons sous lesquels des milliers de corps étaient venus brûler leurs économies pour s’offrir deux semaines de soleil… contre lequel ils passeraient ensuite leurs journées à se battre.Cullera grillait le jour, buvait le soir et se dissolvait la nuit. Toutes les enseignes battaient le fer.Économiquement, c’était un miracle.Humainement, déjà une chaîne de montage.Au studio, les clients défilaient comme sur un tapis roulant.Ils ne demandaient pas des tatouages : ils passaient des commandes:- Le 32 sur le poignet.- Le 621 sur la cheville.Un restaurant chinois !Le fameux “dauphin récurrent” avait simplement trouvé une résidence secondaire en Méditerranée. À part quelques Britanniques pris de fulgurances artistiques, j’enchaînais les mêmes motifs à longueur de journée ; Des palmiers, des cœurs et des symboles vaguement tribaux.Un matin, après avoir tatoué successivement un bulldog, une licorne et l’indestructible petite rose, je pris une pause.La plage était à deux cents mètres. J’y allai observer l’homo-plagicus dans son habitat naturel.L’homo-plagicus est un paradoxe ambulant : Il passe l’année à rêver d’échapper aux bureaux bondés et aux métros saturés, pour aller s’entasser volontairement sur des plages où chaque centimètre de sable est négocié.Il quitte la promiscuité contrainte pour rejoindre une promiscuité consentie, persuadé que le soleil, à défaut d’espace, rendra l’écrasement plus supportable.Et après avoir passé onze mois à camoufler le moindre fragment de peau au nom de la pudeur, il se promène soudain en sous-vêtements (seule la matière change), exposant son corps au regard de tous avec une décontraction qu’il n’aurait jamais tolérée dans un ascenseur.J’en vis un sortir de l’eau.Il secoua sa crinière comme dans une publicité pour shampooing, s’enroula dans une serviette déjà saturée de sable, puis entreprit de se frotter avec l’énergie d’un chien après le bain. Des nuages de grains lui collaient à la peau moite.Il rejoignit ensuite ses amis pour une partie de beach-volley, sautant, plongeant, se roulant dans le sable comme un poisson qui tentait de se paner lui-même.À chaque plongeon, sa peau encore humide capturait des couches supplémentaires de sel et de sable.Un corps humain en train de devenir fish stick.Quand il s’approcha, je le reconnus.Ou plutôt, je reconnus sur son bras le bulldog que j’avais tatoué quelques heures plus tôt.Plus de pansement.De l’eau de mer.Du sable.Du soleil.L’intégralité du manuel « Réussir sa première septicémie ».Je ne dis rien. C’était trop tard.Et puis, que pouvais-je faire ? Le gronder comme un enfant de cinq ans pendant qu’il criait “¡Vamos!” en plongeant dans le sable ? Non, je tournai les talons pour poursuivre mon déversement automatisé d’encre.Le lendemain, il entra au studio.Furieux.Il me colla son bras sous le nez comme une pièce à conviction.Rouge, presque violet, gonflé comme un défaut dans une chambre à air. La peau luisait, tendue, suintante, dégoulinante. Le bulldog avait disparu sous un paysage inflammatoire. Tout son bras semblait crier « Écartez-vous, je vais éclater ! ».Je ressentis trois choses en même temps :De la compassion,De la frustration,Et une vraie inquiétude médicale.Je lui expliquai calmement ce que j’avais vu la veille.Puis ce qu’étaient les bactéries.Puis ce qu’était une plaie ouverte.Puis ce que voulait dire le mot hygiène.Je me suis arrêté avant d’entamer ma définition de la bêtise.Il hochait la tête à chaque phrase… tout en restant furieux.Comme si son cerveau était bloqué sur la première version de l’histoire : Celle où il était la victime.Deux réalités cohabitaient de part et d’autre du comptoir.La sienne, pleine d’indignation.La mienne, pleine de microbes.Le plus absurde fut de le convaincre d’aller chez le médecin.Un traitement antibiotique était indispensable.Mais admettre qu’il avait saboté son propre tatouage semblait lui coûter plus que d’affronter une infection.Avec le recul, ce type de réaction ne m’étonnait pas tant que ça.Accuser l’autre, même quand on sait très bien qu’on s’est soi-même tiré une balle dans le pied, est un réflexe profondément humain. Une tentative maladroite de sauver ce qui reste d’estime, de dignité, ou simplement de ne pas avoir à dire « J’ai merdé ».Le problème, c’est que ce réflexe, est comprehensible, mais ne fait qu’aggraver les choses.Dans ce genre de situation, la vérité frontale n’aide pas. Elle enferme. Elle pousse l’autre dans un coin. Et rien n’est plus dangereux qu’un humain acculé, coincé face à sa propre défaillance, sans échappatoire possible.Je l’avais appris bien avant le tatouage, en observant les rapports de force : Dans certains sièges militaires, on laissait volontairement une brèche dans les remparts. Non par bonté, mais par lucidité. Parce qu’un ennemi qui peut fuir est toujours moins dangereux qu’un ennemi qui n’a plus rien à perdre.Alors, plutôt que d’enfoncer le clou, j’ai choisi de lui laisser une sortie.Je lui ai dit, presque à mi-voix, comme si l’idée me venait à l’instant :- Aïe… tu as peut-être perdu la feuille avec les consignes de soins. Celle où c’était noté de ne surtout pas faire tout ce que tu as fait.Ce n’était ni un mensonge, ni une absolution.C’était une porte entrouverte.Il s’y est engouffré sans hésiter.Son visage s’est détendu d’un cran. Sa colère a changé de cible. Ce n’était plus moi le problème, mais ce papier soi disant disparu, cet élément extérieur, pratique, presque providentiel.L’équilibre était rétabli. Il pouvait se tromper sans s’effondrer.Dans un conflit, gagner n’est jamais écraser l’autre. Gagner, c’est sortir vivant de la situation, avec le moins de dégâts possibles.Et parfois, la solution la plus efficace n’est ni la vérité brute, ni la domination, mais l’élégance discrète de laisser croire à l’autre qu’il s’en sort par lui-même. 

Chapitre 6 (2ème partie) : El fin de la Ruta

Chapitre 6 (2ème partie) : El fin de la Ruta

Je l’installai au centre du studio.Parfois, un seul meuble suffit à donner une âme à un lieu. Ce fauteuil, récupéré de justesse lors d’une liquidation quelques semaines avant mon départ, en faisait partie. Je l’avais placé bien en vue, derrière un grand comptoir bricolé à partir de meubles abandonnés sur place, qui coupait l’espace en deux : D’un côté les visiteurs, de l’autre mon territoire.Les murs, eux, disparurent rapidement sous des centaines de dessins. Il fallait aller vite, et surtout éviter les discussions complexes. La clientèle viendrait de partout, et déjà je peinais à comprendre certaines demandes en français… alors en allemand, en anglais ou en italien, autant dire mission impossible. Les images feraient le travail à ma place. Des milliers d’exemples.L’idée était bonne. En théorie.En pratique, les photocopies réduites rendaient les dessins minuscules, et je passai les deux premières semaines à expliquer, maladroitement, que non, je ne pouvais pas réaliser un tatouage aussi petit.Ces premières semaines furent un véritable tour de chauffe du studio avant l’arrivée des vacanciers. J’y accueillis surtout des habitants et des saisonniers.Ils découvrirent mon espagnol en même temps que moi.Il se résumait à quelques phrases apprises par cœur, prononcées avec un accent si sauvage que mes mots arrivaient en coups de corne. Mes interlocuteurs les esquivaient comme des toreros.Les visiteurs riaient. Moi aussi. Jusqu’au jour où je compris que certaines de mes phrases ne faisaient pas rire pour les bonnes raisons.Il m’avait fallu plusieurs jours pour réaliser que, dans mes explications laborieuses, je ne disais pas exactement que je ne pouvais pas faire un tatouage ; Mais que j’étais, selon la formulation que j’utilisais,…. un impuissant !Une précision qu’une âme charitable finit par m’expliquer au milieu d’un fou rire collectif.Les quiproquos devinrent monnaie courante.Un client entra un soir, décidé. Il parla. Longuement. J’attrapai quelques mots au vol : -Fuerza… vikingos.Il désigna son bras.Je hochai la tête avec gravité. Je reformulai à ma manière, traçant dans l’air de grandes lignes héroïques, de l’épaule jusqu’au poignet. Il m’écoutait sérieusement, ponctuant chacune de mes phrases d’un : -Sí… sí…Ce « sí »espagnol, qui signifie surtout continue, je t’écoute, je l’interprétais comme un enthousiaste « oui, parfait, c’est exactement ça ». À cet instant précis, nous étions donc deux personnes absolument sûres de choses parfaitement différentes.Le rendez-vous fut fixé pour le lendemain matin.Ce soir-là, j’étais porté par une motivation naïve.Un vrai projet.Je dessinai tard, très tard. Un loup viking. De la force. Du mythe. De la rage ancienne. Un bras entier comme territoire. Crocs, regard, entrelacs, runes. Un animal capable de survivre à tous les hivers. Un dessin qui méritait son guerrier.Le lendemain, il revint, souriant.Il s’assit calmement.Et posa son poignet sur le comptoir.Pas le bras….le poignet.Il sortit de sa poche un petit bout de papier. Trois lignes maladroitement tracées.Tout devint limpide.Il ne voulait pas un loup. Ni une saga nordique. Il voulait le mot « force » en runes, le lettrage Nordique. Trois centimètres. Peut-être moins.Ce jour-là, j’appris un mot essentiel du vocabulaire espagnol :El frustración.Après deux semaines, je commençais à trouver mes repères. Quelques phrases de plus. Un peu moins de malentendus. C’est précisément à ce moment-là que les premiers touristes arrivèrent.Le premier à s’installer dans le fauteuil fut un Anglais. Je n’avais pas fait beaucoup de progrès dans la langue de Shakespeare depuis mes tentatives adolescentes, mais je compris rapidement ce qu’il voulait.Je lançai la musique.Portishead envahit le studio. Les mélodies sombres se mêlaient à l’odeur de l’encre. Ni vraiment du jazz, ni de l’électro : un blues ralenti, trempé de hip-hop et de morphine.La voix de Beth Gibbons semblait venir d’un autre monde, fragile, fêlée, suspendue entre la plainte et le murmure.Les rythmes battaient lentement, les samples surgissaient puis disparaissaient comme des souvenirs flous.Une musique qui n’avançait pas : elle retenait. Comme si le temps, lui aussi, s’était mis à flotter.  Absorbé par cette musique envoûtante et par la tête d’Indien que je traçais sur l’avant-bras du britannique, je n’entendis pas l’intrusion.Un de ces moments où quelque chose vous alerte avant même que l’esprit ne comprenne. Une tension. Un silence trop dense entre deux chansons, peut-être.Je relevai la tête.Ils étaient là.Une dizaine. Debout. Serrés derrière le grand comptoir. Et au centre, lui.Quand nos regards se croisèrent, je compris immédiatement. Ce n’était pas un regard, c’était un impact. Des pupilles dilatées à l’extrême, mangées par une chimie trop présente. Autour de lui, l’air semblait vibrer. Son corps entier transpirait une agitation malsaine. Les autres jeunes abimés gravitaient autour, nerveux, prêts. Une meute en laisse… des laisses fragiles.Ce n’était pas de la colère.C’était une disponibilité totale à la violence.Je sentis la pression s’installer dans ma poitrine. Le silence devint lourd. Dangereux.À cet instant précis, je me sentis projeté quelques mois plus tôt, face au père furieux et à ses amis. Mais cette fois-ci, il ne s’agissait pas de désamorcer une colère née de la peur. Il y avait une intention sans barrage.Je n’étais plus un tatoueur.J’étais une présence immobile face à un déséquilibre.Il leva la main. Un doigt contre sa poitrine. Puis vers son bras. Puis un geste sec vers le bas.- Ahora. Maintenant.Derrière lui, un autre parla pour lui, cette fois-ci, dans un français hasardeux mais pas moins déterminé :- Faut, tout le monde dehors. C’est pour lui. Tatuaje maintenant !Je ne répondis pas.Je levai simplement les yeux vers l’horloge. Dix heures du matin.Puis je m’approchai et écrivis sur un papier : 21h. Rien d’autre.Ils comprirent.Je le vis dans ce flottement bref, cette fissure dans leur certitude.Je n’avais pas dit non. Je n’avais pas dit oui.J’avais posé une limite sans la dire.Je pris mon agenda.- Cómo te llamas ?Il me dit son prénom sans desserrer les dents. J’ouvris, l’inscrivis à 21h, le lui montrai… et retournai poursuivre mon tatouage.Les yeux baissés sur mon dessin, je sentais que le bras de mon client était devenu moite. Mais sans jeter le moindre regard vers le comptoir, marquant ainsi mon calme, je poursuivis ma tête d’Indien.Derrière cette façade que j’espérais suffisamment décourageante, mille pensées s’entrechoquaient sur la pertinence de ma réaction. Il n’y avait consensus que sur un point : Espérer que, lorsque je relèverais les yeux, la bande aurait disparu.Et ce fut le cas.L’adrénaline se retirait de mes veines comme une marée basse, me laissant les mains légèrement tremblantes et le corps soudain trop lourd.Je restais immobile, présent, pendant que le froid discret de l’après-danger s’installait en moi.Le studio était redevenu calme, la musique reprenait sa place, mais mon corps, lui, finissait seulement de comprendre qu’il avait frôlé l’irréparable.

Chapitre 6 (1ère partie) : El fin de la Ruta

Chapitre 6 (1ère partie) : El fin de la Ruta

Je suis arrivé à Cullera au mois de mai.À première vue, rien ne distinguait la ville d’une autre station balnéaire de la côte espagnole. Le soleil s’offrait sans retenue et donnait aux immeubles d’appartements de villégiature qui longeaient la plage, une apparence presque agréable. La mer semblait paisible, indifférente à toutes les attentes humaines.Les vieux quartiers, plus en retrait, abritaient les habitants. Tout donnait l’illusion d’un endroit préservé, figé dans une tranquillité de carte postale. Une de ces petites villes qui vivent au rythme des saisons touristiques.En été, sa population était multipliée par quatre. Des milliers de vacanciers affluaient, déposant leurs serviettes sur le sable, leurs enfants dans l’eau, leurs quotidiens au vestiaire. Ils arrivaient avides de soleil, d’insouciance et de crème solaire, sans soupçonner un seul instant que l’endroit comportait sa part d’ombre.La camionnette de location s’avança dans les rues en pleine effervescence. Les premiers touristes arriveraient d’ici peu. On s’activait  de toutes parts, tels des écoliers préparant une fête de fin d’année. Les volets métalliques des vitrines étaient relevés par des commerçants pleins d’espoir, les terrasses installées par des saisonniers et les ouvriers municipaux s’affairaient à nettoyer les trottoirs bordés de palmiers. Je descendis du véhicule en double file, le temps de récupérer les clés du local que j’avais réservé. Une ancienne blanchisserie, située dans le Pasaje Alzira, une petite rue piétonne reliant deux grandes artères commerçantes allant jusqu’à la plage, mais dont l’angle ne permettait jamais aux rayons du soleil d’atteindre la devanture. L’espace gardait les traces d’une activité fourmillante, figée comme après un départ précipité. Les immenses étagères de cèdre gardaient l’empreinte du linge disparu. Leur odeur sèche, presque résineuse, semblait avoir appris à conserver ce que les draps leur confiaient à l’abri des regards.J’étais heureux, presque euphorique à l’idée d’installer mon studio et de commencer une nouvelle vie. Mon ignorance de la langue, à peine compensée par quelques phrases apprises par cœur, ne m’inquiétait pas. Par chance, l’agent immobilier, un homme à l’allure étonnamment proche de Georges Brassens, parlait parfaitement français.Ce que je ne savais pas encore, c’est que j’entrais dans les ruines tièdes d’un monde qui venait de s’effondrer. Je connaissais la ville uniquement à travers le regard du vacancier que j’avais été quelques années plus tôt. Mais à présent, sous mes pas, j’allais découvrir une chaleur épaisse, poisseuse, qui ne venait pas seulement du soleil.. Cullera s’étirait sur la côte valencienne, à la lisière de ce que l’on appelait parfois la Costa del Azahar. Une frontière floue, plus touristique que géographique. Costa del Azahar, du nom des fleurs blanches de l’oranger. Un nom doux, presque innocent. Mais ici, plus au sud, la blancheur avait une autre texture…..Une autre odeur……Celles d’une poudre amère. La ville n’était pas seulement une destination touristique. C’était la dernière respiration d’un système qui avait irrigué la côte de Valencia lors de la décennie qui s’achevait. Un phénomène que les journalistes nommèrent :  la Ruta del Bakalao. Pas une route au sens propre, mais un circuit nocturne, une saignée de bitume reliant clubs, parkings, afters, zones industrielles et plages désertes. Un chapelet de lieux où l’on ne venait pas danser, mais s’oublier, se perdre. La musique y tournait sans interruption, parfois pendant des jours, et les corps tenaient, portés par une chimie ravageuse. Ce n’était pas la fête, c’était une déchéance organisée. Je n’appris que plus tard, des confidences d’un propriétaire de plusieurs établissements dans Cullera qu’à son apogée, la Ruta avait attiré des dizaines de milliers de personnes chaque week-end et que plusieurs opérations policières majeures avaient eu lieu les années précédentes, marquant la fin officielle de cette ère ; Mais, sans pour autant faire disparaître totalement ses conséquences. Conséquences dans lesquelles j’avais décidé , inconscient de ce qui se jouait,  d’installer mon studio.La Ruta n’était pas seulement une histoire de musique techno ou de nuits blanches. C’était une économie parallèle, faite de drogue, d’argent liquide, de petites mains et de grosses cargaisons. La côte devenait un corridor, une artère ouverte entre la mer et l’arrière-pays. Les bateaux larguaient, les voitures récupéraient, les clubs servaient de couverture. Et dans l’ombre, des gens grimpaient, d’autres tombaient…parfois trop bas pour remonter.Puis, juste avant mon arrivée, tout avait commencé à se fissurer. La pression policière, les excès devenus trop visibles et bien sûr la mort trop présente. L’État avait fini par regarder dans cette direction. Les contrôles s’étaient multipliés. Les saisies aussi. La fête continuait, mais plus nerveuse, plus violente. Comme une bête blessée.À cette époque, les temples de la nuit tombaient les uns après les autres.Le Barraca, le Spook, le Puzzle…Des cathédrales païennes où on avait tout vécu trop fort, trop vite.Et pendant que ces lieux fermaient, Cullera devenait un refuge, une sorte d’arrière-cour de ce monde en train de s’effondrer. Un endroit où l’on pouvait encore faire semblant que la nuit n’était pas finie.Les touristes ne voyaient que les plages, les restaurants et les boutiques. Les habitants eux, savaient. Ce qui frappait, c’était cette coexistence étrange entre l’innocence et la décadence. La promenade devenait un théâtre absurde où cohabitaient vacanciers et âmes échouées. Les vagues venaient mourir sur le sable après avoir charrié, quelques kilomètres plus loin, des cargaisons entières de promesses toxiques. Et les enfants jouaient dans cette eau, sans savoir qu’elle avait servi de passage à tant de marchandises illicites.La violence n’était plus flamboyante, elle était sourde. Plus de démonstration spectaculaire. Juste des rappels à l’ordre. Une disparition. Un corps retrouvé trop tard. Un autre jamais retrouvé du tout :-Il est parti. disait-on.Mon client m’avait aussi expliqué que les choses s’étaient aggravées car n’y avait plus de règles claires. Les appétits étaient restés, mais les réseaux avaient perdu leurs structures. Il restait les orphelins de la dépendance, les destins nés de la violence et les derniers parrains en partance.Mais tout ça, au moment de décharger la camionnette, je ne le savais pas encore. Au milieu de tout ça, je débarquais avec mes ambitions et mes illusions.Elles ne firent pas long feu. Je perçus vite la présence de ces survivants temporaires. Aussi rapidement que le deuxième ou troisième soir, où j’étais sorti faire un tour pour découvrir le quartier. A quelques pâtés de maisons du studio, le personnel de quelques boites de nuit terminait ses préparatifs. Les patrons discutaient au milieu de la rue qui semblait leur appartenir. Ces gars-là n’étaient pas des hommes d’affaires qui marchent dans les clous. Tout, dans leur attitude et dans celle de leurs hommes, disait qu’ils évoluaient selon d’autres lois.Un peu plus loin, sur la plage encore déserte, des jeunes de 14- 15 ans fumaient des vapeurs acres; Ils devraient bientôt céder leur territoire aux familles en tongues. Mais pour aller où ?J’avais connu des quartiers difficiles à Bruxelles. J’avais déjà croisé la violence et la toxicomanie autour de la gare du Nord et dans ces endroits où l’on apprend vite à baisser les yeux. Mais en voyant ces gamins, quelque chose m’a saisi. À leur âge, ma transgression tenait à peu de chose : Un tatoueur à l’allure de Chewbacca, un Coca gagné comme un acte de bravoure. Eux n’avaient pas eu ce luxe. Leur premier vertige ne passait pas par le jeu ou l’imaginaire. Ce n’était pas Chewbacca qui leur faisait face, mais un Dark Vador bien réel  et la « coca » n’avait plus rien d’un soda. Pas la même initiation. Un autre monde !Cette tension omniprésente, mais qui semblait ajuster son masque avant que le spectacle ne commence,  avait allumé mes capteurs. Ce mélange de fatigue et d’urgence dans l’air. Comme si la ville retenait son souffle, pour ne pas tarir les flots de touristes. Je la sentais contrainte et pourtant, je continuai d’avancer, espérant que cette gêne finirait par passer.Je décidai de garder ce ressentiment pour moi, sans en informer ma famille qui me pensaient dans un lieu idyllique. Et je me lançai dans l’aménagement du local avec les moyens du bord. J’avais pris le stricte nécessaire, ne conservant comme mobilier du studio de Bruxelles qu’un fauteuil de barbier. 

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